Le 29 janvier dernier avait lieu à Montréal une table ronde ayant pour titre : La Francophonie économique : utopie ou réalité?

Cette activité fort courue était organisée par le Bureau de valorisation de la langue française et de la Francophonie de l’Université de Montréal, en collaboration avec le CÉRIUM et le Centre de la francophonie des Amériques. Pour l’occasion, les participants ont bénéficié de la présence de Mme Hélène David, ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française du gouvernement du Québec, de la toute nouvelle ministre canadienne du Développement international et de la Francophonie, Mme Marie-Claude Bibeau, et de l’ambassadeur de Madagascar, M. Constant Horace.

Brillamment animée par M. Clément Duhaime, administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie de 2006 à 2015, cette table ronde de prestige mettait en interaction :

  • Jean-Louis Roy, président du Partenariat international et directeur de l’Observatoire mondial des droits de l’homme
  • Jean Charest, ancien premier ministre du Québec (2003-2012), associé chez McCarthy Tétrault
  • Ousmane Paye, ambassadeur du Sénégal au Canada

Table ronde 29 janvier 2016_Montreal

De gauche à droite :Jean-Louis Roy, Jean Charest, Ousmane Paye, Clément Duhaime.

Après l’adoption, lors du Sommet de Dakar en 2014, de la Stratégie économique pour la Francophonie et les deux premiers Forum économiques de la Francophonie tenus respectivement à Dakar en 2014 et à Paris en 2015, que devons-nous attendre de ce vaste chantier qu’est la Francophonie économique? En effet, bien que toutes les parties prenantes soient en phase à cet égard et démontrent une forte volonté d’agir, il importe à présent de savoir ce qui doit être fait concrètement. Quelles sont les actions à entreprendre en vue d’obtenir des résultats tangibles pour la Francophonie économique? Telle était la question posée aux panelistes.

Pour l’ouverture de la table ronde, le recteur de l’Université de Montréal, M. Guy Breton, a proposé  un cadre inspirant en soulignant « qu’une génération qui croit en son avenir est un puissant moyen de contrer le terrorisme ». Ce message fort à propos avec les appels à la radicalisation qui se multiplient dans le monde est venu rappeler l’importance de mettre en place les conditions d’une croissance économique durable et équitable dans les pays.

Rappelant le leitmotiv de l’ancien secrétaire général de la Francophonie, M. Abdou Diouf, qui martelait chaque jour : « Il nous faut travailler à bâtir une Francophonie concrète, visible et utile », M. Clément Duhaime a appelé les intervenants à se prononcer sur les actions à entreprendre et les dossiers à prioriser.

Tour à tour, messieurs Roy, Paye et Charest ont généreusement partagé leurs constats et idées. Unanimement, les panelistes ont souligné qu’une langue assurait son avenir si elle était économiquement pertinente. Ils ont aussi affirmé d’une même voix que la mobilité des personnes et des talents était un enjeu crucial pour la Francophonie économique. Pour eux, la concurrence mondiale fait en sorte que le Francophonie doit se mettre à l’œuvre face aux grands enjeux internationaux et conjuguer adroitement stratégie et action terrain. Tel est le grand défi de la nouvelle secrétaire générale de la Francophonie, Mme Michaëlle Jean, qui s’y affaire déjà avec force et conviction.

Rappelant la pertinence et la grande efficacité d’actions d’un des membres fondateur du RNF, l’Institut de la Francophonie pour le développement durable, M. Jean-Louis Roy a souligné que la faiblesse du Sommet de Dakar a été de ne pas créer d’opérateur pour la Francophonie économique qui soit doté d’un budget d’opération. Il a invité les pays à y réfléchir et à déposer des propositions en ce sens à l’OIF en vue du XVIe Sommet de la Francophonie, qui se tiendra à Madagascar en novembre prochain.

Ousmane Paye a quant à lui rappelé que la Francophonie économique ne se résumait pas au seul soutien aux économies fragiles, mais qu’elle offrait également aux pays développés une occasion d’intégrer des marchés émergents. Contrairement au reste du monde, l’Afrique, en raison de sa jeunesse et de sa forte croissance démographique, est un marché concurrentiel en plein essor dont il faut savoir saisir les occasions d’affaires et en tirer profit. M. Paye a terminé son allocution en insistant sur l’importance de mettre en œuvre des actions pour intéresser les entreprises privées au marché africain et en lançant l’idée d’organiser une conférence annuelle des ministres de l’économie de la Francophonie.

Pour M. Jean Charest, l’énergie est un secteur économique sur lequel la Francophonie doit miser tant pour son potentiel économique que pour établir des conditions de développement durable en Afrique qui tiennent compte du renforcement de capacité des populations, de l’environnement et des règles de gouvernance. Il a à ce chapitre invité le gouvernement québécois à réfléchir sérieusement à l’idée de relancer Hydro-Québec international. M. Charest a aussi interpelé les grands fonds de pension canadiens pour qu’ils créent un fonds dont le mandat serait d’investir dans des grands projets énergétiques.

L’Association RNF ayant signé récemment une entente de collaboration avec la Commission électrotechnique internationale (IEC) dans le but de soutenir la participation des pays africains au développement des normes du secteur électrique, elle voit assurément d’un bon œil ces recommandations quant au développement du secteur de l’énergie en Afrique et en suivra les suites avec attention de concert avec l’IEC.

Enfin, soulignons que l’action de l’Association RNF pour le développement de la Francophonie économique en favorisant l’utilisation des normes comme outils de développement économique durable dans les pays francophones a été relevée par M. Duhaime lors des discussions de la table ronde. Cette table ronde aura indubitablement été une grande source d’inspiration pour ses participants dans la poursuite de leurs efforts à l’égard du développement de la Francophonie économique. À suivre…